MAREVNA et MARIKA chez le docteur GERMAIN

Maria Vororbieff Stebelska (1892-1984)




Une histoire de l'art moderne à Montparnasse au début du XXéme siècle.


Maria Vororbieff Stebelska (1892-1984),surnommée Marevna, c'est à dire petite princesse de la mer, par son ami le poète Maxime Gorki, est une comète resplendissante de la création artistique dans la première moitié du XXe siècle. Première femme à intégrer le groupe cubiste, "reine" de La Ruche, confidente de Zadkine, d'Ehrenburg ou de Soutine, elle fut le grand amour parisien du peintre mexicain Diego Rivera qui lui donna saseule fille : Maryka. Les cendres de Marevna reposent aujourd'hui à Mexico,dans le jardin de la fondation Dolores Olmedo, grand mécène de Rivera. Notre encre de Chine présentant une "Femme au tub" illustre cette vie de bohème : aux cafés crème du père Leblanc à la terrasse de La Rotonde succèdent les gaies nuits de bals mais aussi les froids soirs de guerre sous le feu de la grosse Bertha.

Élevée par son père entre les montagnes du Caucase et les dômes moscovites, Marevna arrive en France en 1912, où elle se lie d'amitié à Montparnasse avec les principales figures de l'art moderne.Elle s'intéresse d'abord au cubisme, dont elle garde le sens audacieux de la construction sans lui adjoindre l'agressivité, puis découvre le pointillisme de Seurat, cherchant à dégager sa palette de couleurs trop sombre. Elle explique ainsi son chemin :"À force de persévérance, je parviens à donner de la transparence, du volume, du relief à mes sujets et à mes paysages. En outre, je tenais à ce que mes tableaux fussent composés." On retrouve tous ces éléments dans notre"Nature morte", d'une facture semblable à la première achetée par l'État chez Gustave Kahn.

Privée de sa mère dès son plus jeune âge, Marevna construit sa vie de famille autour de sa fille Maryka née en 1919.Son existence aventureuse qu'elle décrit dans ses "Mémoires de nomade" se stabilise avec la rencontre du Docteur Raoul Germain et de son épouse Juliette, sur le pavillon russe de l'Exposition international des arts décoratifs en 1925. Le couple soutient financièrement l'artiste et accueille régulièrement Maryka dans la maison de Mios, en Gironde. C'est depuis le jardin des Germain que Marevna peint notre aquarelle montrant des pins au premier plan avec au loin quelques "Pinasses", ces barques typiques du bassin d'Arcachon. Le Docteur Germain secourut de nombreux autres artistes, comme la"cantinière" de Montparnasse Marie Vassilieff, dont il collectionna des toiles importantes ainsi que d'autres noms de l'art moderne : Albert Marquet, Dunand, Butheau...


La correspondance de l'artiste à sa fille et à ses mécènes est un témoignage unique de l'intimité familiale et de l'intégrité morale qu'avait cette femme, qui refusa toujours de devenir une"courtisane".Mère attentive,elle garda précieusement les dessins d'enfant de Maryka dont on voit au fil des pages de nos "Carnets"s'épanouir le style, s'affirmer le caractère et retenir les leçons de sa mère. Les "Photos" montrant Marevna sculptant le buste de son enfant devenue femme et actrice de cinéma à Athelhampton manor dans la campagne anglaise au détour des années 1950 montre le chemin parcouru depuis les longues journées de l'hôpital Baudelocque, boulevard de Port Royal où elle accoucha seule de sa fille bien aimée. Elle trompait alors le temps en croquant les"Malades "et les femmes de retour de couches ! 

Aymeric Rouillac.

Provenance : ancienne collection du Docteur Germain à Mios, collection Claude Bernès à Paris